vendredi 21 octobre 2011

Une nounou "Pikler" c'est quoi ?


« Oui bonjour Madame, je vous appelle suite à votre annonce d’assistante maternelle. Nous sommes très intéressés par votre démarche. On ne connaît pas  Pi…… enfin… je sais même pas comment ça se prononce mais nous recherchons une éducation non violente »

Désolée, Monsieur, normalement, sauf changement de dernière minute, la place est prise ! Ne vous inquiétez pas, vous n’êtes pas le seul à ne pas connaître Pikler (sans vouloir citer de nom, je connais même des puéricultrices qui ne savent pas qui c’est Pi…. Kler) Mais en tout cas, vous n’aviez pas tord il s’agit bien en résumé d’une éducation non violente même si on préfère parler ici de bientraitance.

Alors, 
  • pour vous (qui je l’espère avez trouvé une solution), 
  • pour tous ceux qui ne savent même pas comment cela se prononce, 
  • pour les parents de la mini-crevette que je vais accueillir prochainement (on dira que c’est une partie du livret d’accueil que je n’ai pas encore rédigé),
  • pour moi histoire de me faire une petite révision puisque le dernier bébé accueilli ici a bientôt 2 ans ½ (il n’y a pas beaucoup de turnover chez Nounou Cathy), 

voici comment se passe l’accueil d’un tout petit chez une assistante maternelle qui a une approche éducative basée sur les travaux d’Emmi Pikler.

Je ne vous fais pas un cours d’histoire (vous trouverez ça, ailleurs, mieux que je ne pourrais le faire), je vous rappelle simplement quelques  principes de base : quand on travaille « à la Pikler » on sera très attaché :

-          à la motricité et à l’activité libre,
-         au bien-être corporel de l’enfant,
-         à la qualité du soin
-         à l’établissement d’une relation de confiance entre l’enfant et l’adulte qui s’en occupe.

En clair maintenant. Quand une mini crevette arrive chez moi, je vais tout d’abord apprendre à la connaître et à connaître ses besoins. Pour cela je vais observer attentivement son comportement dans les moindres détails afin de pouvoir interpréter ses demandes et répondre le mieux possible à ses attentes.

Dans la journée lorsque ce bébé ne dormira pas, qu’il ne sera pas en ballade, en train de manger, en « soin » ou dans les bras de sa nounou il sera déposé au sol toujours à plat dos, sur un tapis assez rigide (genre tapis de gym des écoles). Ce tapis sera recouvert d’un drap pour éviter le contact avec le plastique qui pourrait sembler froid. 

Des jeux seront disposés tout autour du bébé, jamais donnés « de force » dans la main. Ils seront choisis selon le développement de l’enfant en privilégiant la simplicité. Au début ce sera souvent des objets de la vie courante reconvertis, l’important étant la découverte de matières, de formes, de sensations et les gestes qui en découleront. Il n’y aura pas de portiques qui peuvent agacés le bébé car celui-ci ne peut ni attraper les jeux qui s’y trouvent, ni s’en détourner puisqu’il est positionné dessous. Les jeux trop bruyants, ou trop compliqués seront aussi bannis. 

Le tapis en lui-même sera toujours positionné dans le même endroit afin de donner des repères à l’enfant. Je le positionnerai contre un mur qui pourra servir de « résistance » et d’appui lors des premières tentatives de déplacements. Avec la permanence des lieux, sera aussi instaurée une permanence des jouets, l’enfant devant retrouvé à chaque séance de motricité les mêmes objets afin de pouvoir approfondir leurs utilisations. Ils ne seront remplacés que lorsque j’aurai observé que l’enfant s’en désintéresse.

Je n’interviendrai jamais pour modifier la position du bébé sauf dans le cas où celui-ci sera dans une situation trop inconfortable comme par exemple lors des premiers retournements sur le ventre, quand  le bébé saura se mettre sur le ventre mais se retrouvera coincé, sans savoir comment revenir dans la position initiale. Dans ce cas je veillerai à ne jamais le soulever directement du tapis ; je l’aiderai à repasser sur le dos, en l’accompagnant au niveau de son épaule. Comme je l’aurai bien observé avant, je passerai toujours par l’épaule qui lui aura servi à faire son retournement (chaque bébé a ses préférences au départ). Si besoin je le prendrai alors dans mes bras en l’avertissant toujours de l’acte que je vais réaliser. Sur ce tapis, l’enfant sera laissé pied nu afin qu’il puisse utiliser ses pieds pour jouer et se déplacer. Il sentira beaucoup mieux les appuis et, pas de panique, il ne fait jamais de températures sibériennes chez nounou. 

Je ferai attention à ce que sa tenue soit adaptée pour que ses mouvements soient totalement libres. Ainsi je prendrai garde à ce que ses mains et ses pieds soient toujours libérés en remontant les manches du pull et les bas de pantalons.  Le tapis de motricité représentera le lieu de jeu principal du bébé, le transat quant à lui, ne sera qu’un lieu de passage où l’enfant ne restera que de brefs instants. Lorsqu’il sera capable de ramper (très rapidement quand on lui donne l’occasion de se mouvoir), il se promènera comme bon lui semble dans la salle de jeux. Il va de soi que l’enfant ne sera jamais assis ou même posé directement sur le ventre tant qu’il ne sait pas le faire de lui-même. Un youpala ? Heu… non merci, sans façon !! 

 Dessins tirés du livre "Se mouvoir en liberté dès le premier âge" 
                                    

Les repas seront donnés sur mes genoux (pas de chaise haute ou très peu) jusqu’à ce qu’il soit capable de s’asseoir seul. Je prendrai soin de m’installer dans un coin tranquille, à l’écart de l’agitation. Je serai indisponible pour les autres enfants accueillis pendant tout le temps du repas. A moi donc d’anticiper ce qu’il pourrait se passer et faire en sorte de créer les conditions pour ne pas être dérangée tout en continuant la surveillance. Sauf si il dort (ou si ce n’est vraiment pas son heure) le bébé mangera toujours avant les plus grands, ceci dans le but de ritualiser le repas et de donner des repères dans le temps à tous les enfants présents (« J’ai faim mais je patiente car je sais qu’après bébé, c’est mon tour »). La devise du temps repas sera toujours : « pas une cuillère de moins que la faim, pas une de plus que ce qui lui fait plaisir ».

Extrait du film "Une maison pour grandir" de Bernard Martino

Le moment du change sera toujours très important. Il ne sera jamais (dans la mesure du possible) réalisé dans la précipitation. Les gestes seront toujours lents, doux et effectués toujours dans le même ordre en prévenant le bébé de ce que l’on va faire. J’essayerai de ne pas tirer sur les jambes pour effectuer le change mais de faire rouler le bébé à partir de son bassin, La manœuvre semble un peu délicate à effectuer mais elle permet de ne pas créer de tensions dans les articulations, et comme elle est toujours réalisée de la même façon, le bébé devient très vite actif pendant son change et vous aide en accompagnant et en anticipant tous vos gestes. J’en profiterai pour lui parler, beaucoup et toujours sans précipitation en tentant de verbaliser les émotions de l’enfant. Lorsqu’il sera plus grand au moment de la marche, l’enfant sera changé debout afin qu’il prenne encore plus part à son propre développement. J’entends déjà les collègues dire que c’est trop compliqué ; c’est juste une question d’habitude. Au départ, quand par « l’odeur alléché » on suppute que le change va être très….. sportif, on peut toujours se resservir de la table à langer en expliquant à l’enfant les raisons de son choix. Il le comprendra très bien : « Nounouuuuuuuu, Ja fais un caca de mammouth » !

Quoi dire de plus, sinon qu’une « Nounou Pikler », c’est une nounou comme les autres. Elle va au parc comme les autres, peut être un peu plus que les autres parce qu’elle pense que les sorties quotidiennes c’est bon pour la santé (une vraie nounou pikler, pure et dure,  fera même faire la sieste dehors été comme hiver ce que je ne peux matériellement pas faire personnellement) Elle fait faire des « activités manuelles » comme les autres, peut être un peu moins que les autres car elle est très attachée à l’activité libre ; disons donc qu’elle sera plus « activités » que « bricolages » ne perdant jamais de vue l’intérêt de l’enfant dans tout cela. Elle se formera peut être un peu plus que les autres, ayant à cœur de traquer toutes les « douces violences » quotidiennes dont elle n’avait même pas conscience en débutant dans le métier.

J’imagine les assistantes maternelles en train de lire cet article. Certaines vont se rendre compte qu’elles travaillent "à la Pikler" depuis toujours, d’instinct,  sans même le savoir. D’autres vont se demander ce que c’est que ces pratiques bizarres (poser un bébé par terre sans jamais l’aider à s’asseoir, à marcher ou même à attraper un jouet, mais qu’est ce que c’est que ces idées barbares héritées du communisme !!) A celles-là, je leur propose d’aller lire les autres articles tagués « Pikler » de ce blog, notamment les comptes rendus de réunions pour comprendre les raisons et les buts de cette approche de l’éducation. 

mercredi 19 octobre 2011

Les toqués de la semaine du goût

Pour fêter la semaine du goût chez Nounou, on a fait un gâteau au yaourt. On vous raconte pas ! Vous savez tous faire ! Même nous on connaît par coeur alors ! Elle s'est pas foulée Nounou hein ! Par contre pour l'occasion, Nounou, elle nous a tous déguisé en cuisiniers, avec une belle toque et un tablier. Non, on vous montre pas les photos parce qu'on a vendu l'exclusivité à un magazine tient à notre anonymat, mais on était très chouette. Tiens regardez donc ce que cela donne sur le nounours ! 



Comment elle a fait Nounou ? Ben, elle a acheté des sacs poubelle blancs de 30 l. Pour faire la toque, elle a coupé le fond à peu près à 25 cm. Elle l'a agrafé en fronçant le tout, sur une bande de papier composée de 2 feuilles blanches A4 pliées en deux et agrafées entre elles aux dimensions de notre tête. (papier imprimante tout bête).

 Pour faire le tablier, elle a pris un sac entier qu'elle a plié avant de le découper comme sur la photo.


 Le lien qui ferme normalement le sac nous a servi de ceinture. Et whouala !!! Ça lui a pris 2 minutes pour chacun des participants et on s'est bien amusé ! Et maintenant il n'est plus question de faire un atelier Cuisine sans nos tenues de Chefs ! 


vendredi 7 octobre 2011

L’hymne au soleil : à la manière de Bernadette Griot


Devant le succès phénoménal, n’ayons pas peur des mots et ne soyons pas faussement modeste, remporté par notre précédent « A la manière de », nous avons décidé, les gônes et moi de réitérer notre opération « Artistes en herbe » et de vous présenter notre dernière création.

Quand on vous a montré notre travail sur Tony Cragg, j’étais loin d'imaginer que cela m’apporterait autant de visiteurs ! Sans rire, les nounous blogueuses, si vous voulez avoir de la visite, citez Tony Cragg !! En moins de temps qu’il n'en faut pour le dire, il a réussi à détrôner l’ancien maître de ces lieux, à savoir Jean Epstein !!! Ringardisé en 15 jours le pépère !!! En plus, et c’est d’ailleurs le plus important, le concept (travail sur un artiste + exposition de l’œuvre collective sur mon palier) a aussi beaucoup plu dans la vraie vie ! Tout le monde était content : les enfants qui peuvent en reparler fièrement à chaque fois qu’ils arrivent chez moi, les parents qui ont l’air d’apprécier « l’éveil culturel » que cela représente pour leur enfant et la nounou, qui est contente que tout le monde soit content et qui du coup se demande si elle ne consignerait pas tout cela dans une sorte de cahier qu’elle appellerait pompeusement "Parcours sensoriel et culturel", que l’enfant pourrait garder en souvenir pour ses vieux jours !

Enfin bref ! Là n’est pas la question. Notre « à la manière de » de cette semaine a été consacré à Bernadette Griot. Bon, je suis consciente que cette  plasticienne lyonnaise, auteur et éditrice de livres d’artistes ne va pas  rapporter à ce blog autant de visites que Tony Cragg. C’est, disons… plus locale comme renommée ! Mais en tout cas, ça nous a inspiré et ça collait parfaitement à la saison et aux capacités des enfants. 

J’ai eu connaissance de son travail par l’intermédiaire de la "Fête des feuilles", à laquelle elle a participé à plusieurs reprises. La fête des feuilles, c’est un évènement artistique conjuguant art et nature à Lyon. Les œuvres éphémères, créées à partir de feuilles mortes, et plus largement de matériaux naturels forment un parcours  qui invite le citadin à s’interroger sur ses rapports avec le vivant. Elle a lieu maintenant tous les deux ans et se déroule dans les sous-bois du parc de la Tête d’Or. En 2006, Bernadette Griot avait réalisé un « Hymne au soleil ». Cette œuvre, selon la plaquette consacrée à l’évènement, représentait le rapport du vivant aux cycles du soleil et des saisons. C’était "un soleil de feuilles d’automne, suspendu dans un arbre et qui tournait au gré des vents : la dimension sacrée de l’immuable se conjuguait avec la répétition des cycles du temps". Ça donnait ça :


Pour réaliser le nôtre, nous avons d’abord été nous balader au parc Chambovet (précision pour les collègues lyonnaises) afin de ramasser tout notre matériel. Nous avions pour mission de rechercher des feuilles de trois couleurs : rouges, jaunes, et marrons. J’avais expliqué aux enfants que nous allions réaliser un soleil en collant des feuilles mortes sur un grand cercle en mettant les feuilles rouges au centre puis les marrons, puis les jaunes afin de faire un beau dégradé. A la maison, nous avons fait sécher notre cueillette à l’intérieur d’un livre. L’activité en elle-même a été programmée la semaine suivante.

J’ai scotché 3 bandes de feuilles de listing et dessiné 3 cercles pour délimiter les zones dans lesquelles les enfants devaient coller les feuilles, des plus foncées au centre, jusqu’aux plus claires sur l’extérieur. La plus grande des participants s’est chargée de découper le soleil et tout le monde a trié les feuilles par couleur pour faciliter le travail.



Ensuite est venu le temps du collage. Nous avons expérimenté plusieurs méthodes. Ils ont finalement préféré l’utilisation de la colle bleue passée au pinceau.




 Je leur ai montré le travail de Bernadette Griot  et présenté  "la fête des feuilles". Ils ont aimé et émis le désir de s’y rendre. Pas de bol !!! La prochaine édition ne se déroulera que l’année prochaine !!

En attendant voici notre version de l’hymne au soleil, exposé sur le palier :



Bon d’accord le nôtre ne tourne pas au gré du vent mais c’est pas grave ! On est fier quand même !